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§04 Politique Analyse

Niveau 3 du CADA : la Commission pourrait l'ouvrir aux clouds étrangers, sous six critères cumulatifs

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Le niveau 3 du CADA ferme la porte aux clouds contrôlés depuis un pays tiers, sauf si la Commission européenne décide de l'ouvrir, sans repasser devant le Parlement [1][2][3]. L'ouverture passerait par un acte d'exécution, validé par un comité de représentants des États membres, sur lequel le Parlement n'a qu'un droit de regard [1][4][5]. Mais la décision d'adéquation dont bénéficient les États-Unis n'est qu'un des six critères cumulatifs à remplir [1][6]. Et le texte prévoit déjà d'autres voies pour un cloud sous contrôle étranger : le niveau 2 et la dérogation de l'article 30(4) [1][2].

Le CADA, c'est quoi exactement, et où en est-il ?

Le Cloud and AI Development Act (CADA, loi sur le développement du cloud et de l'intelligence artificielle) est une proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil [1][7]. Elle date du 3 juin 2026 [1][7]. Elle suit la procédure législative ordinaire 2026/0138(COD) et fait partie d'un « paquet souveraineté technologique » [8][9].

Rien n'est adopté [8][9]. Au 22 octobre 2026, l'Observatoire législatif du Parlement (OEIL) indique « Awaiting committee decision », sans projet de rapport ni vote [8]. Le Parlement et le Conseil doivent encore négocier le texte, article 18 compris, avant toute adoption [8][9]. Une fois adopté, il entrerait en vigueur vingt jours après sa publication au Journal officiel et s'appliquerait un an plus tard [1].

Pourquoi ça te concerne ? Le CADA déciderait quels fournisseurs cloud peuvent servir les institutions de l'Union européenne (UE) et les organismes publics, selon des critères qui incluent le contrôle par un pays tiers [1][2][10]. Autrement dit : qui héberge les données des administrations, et sous quel droit. Le CLOUD Act (Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act) est une loi américaine de 2018 [11][12][13]. Sur réquisition légale, il oblige un fournisseur à remettre les données en sa « possession, custody, or control », où qu'elles soient stockées [11]. Le CADA ne touche pas à cette loi : il réserve la commande publique sensible aux fournisseurs qui prouvent empêcher l'accès étranger aux données, ou qui échappent à tout contrôle étranger [1][2].

Que demande chacun des quatre niveaux ?

L'article 16 crée un cadre de souveraineté à quatre niveaux d'assurance, dont les critères figurent à l'annexe II [1]. Les niveaux sont cumulatifs : viser un niveau, c'est remplir aussi tous ceux du dessous [1].

  • Niveau 1 : fournisseur établi dans l'UE, infrastructures et données dans l'UE sauf demande contraire de l'acheteur public [2]. Un contrôle étranger reste admis [2].
  • Niveau 2 : un fournisseur « subject to the control of a third country » est admis s'il démontre que l'accès d'un pays tiers aux données des clients « is prevented » [2]. La citoyenneté européenne du personnel n'est exigée que si l'organisme public le décide [2].
  • Niveau 3 : en principe, ni le fournisseur ni ses sous-traitants ne sont contrôlés par un pays tiers [2]. Le personnel est composé de citoyens de l'UE, et le support est assuré dans l'UE par des résidents de l'UE [2].
  • Niveau 4 : aucune dérogation au contrôle européen, et aucun pays tiers ne doit contrôler la conception et l'évolution des composants logiciels [2].

Le niveau 1 repose sur une auto-évaluation, les niveaux 2 à 4 sur un audit tiers indépendant, aux frais du fournisseur [1].

Qui peut ouvrir le niveau 3, et comment ?

C'est l'article 18 qui autorise la Commission, par actes d'exécution, à désigner des pays tiers dont les fournisseurs pourront être audités au niveau 3 malgré leur contrôle étranger [1].

Ces actes suivent la « procédure d'examen » du règlement 182/2011, dite comitologie [1]. Un comité de représentants des États membres rend un avis : positif, la Commission adopte l'acte ; négatif, elle ne l'adopte pas ; sans avis, elle peut l'adopter, sauf exceptions [4][3]. Le Parlement, lui, ne vote pas [1][3]. Il peut seulement signaler un dépassement des compétences d'exécution, et la Commission doit alors réexaminer son projet [5][3]. Il n'a ni droit d'objection ni droit de révocation [3].

Pour modifier les niveaux eux-mêmes, la Commission passe par des actes délégués [1]. Ceux-ci n'entrent en vigueur que si ni le Parlement ni le Conseil n'objectent dans les deux mois [1].

L'adéquation du Data Privacy Framework suffit-elle à faire entrer les États-Unis ?

Non, pas à elle seule. L'article 18(1) pose six critères cumulatifs [1] :

  1. une décision d'adéquation au titre du RGPD (règlement général sur la protection des données) ;
  2. aucune mesure de contrôle contraire aux règles d'accès licite aux données non personnelles du Data Act ;
  3. aucune mesure permettant d'imposer une dégradation du service, des sanctions ou des embargos étrangers ;
  4. aucune entrave à la fourniture de technologies de pointe ;
  5. un marché ouvert aux services cloud européens ;
  6. un accès équivalent aux marchés publics cloud pour les fournisseurs européens.

La décision d'adéquation UE–États-Unis, le Data Privacy Framework (DPF), date du 10 juillet 2023 [14][6]. Elle couvre les « commercial organisations participating in the EU-US Data Privacy Framework », pas les États-Unis dans leur ensemble [6]. Or le considérant 61 du CADA demande de vérifier si l'adéquation vise le pays entier ou se limite à des « certified organisations » [1]. La Commission l'écrit d'ailleurs elle-même :

« while the EU-US Data Privacy Framework addresses transatlantic data transfers, it does not remove sovereignty concerns about dependence on third-country providers » — Commission européenne, exposé des motifs du CADA [1] (Traduction de la rédaction : « si le DPF encadre les transferts transatlantiques de données, il ne lève pas les préoccupations de souveraineté liées à la dépendance envers des fournisseurs de pays tiers ».)

Le DPF reste en vigueur, mais il est contesté [15][6]. Le Tribunal de l'UE a rejeté le recours du député Philippe Latombe le 3 septembre 2025 [14][16]. Le député s'est pourvu devant la Cour de justice le 31 octobre 2025 [17] ; le pourvoi était toujours pendant à la mi-septembre 2026 selon le cabinet Faegre Drinker [15][18]. Le 31 juillet 2026, le Comité européen de la protection des données (EDPB) a demandé à la Commission d'évaluer l'effet sur cette décision de l'arrêt américain Trump v. Slaughter [19].

Kenneth Propp est chercheur à l'Atlantic Council et ancien conseiller juridique de la mission des États-Unis auprès de l'UE [20]. Pour lui, même avec le DPF, « the anti-kill switch requirement could still block U.S. companies from qualifying for this derogation power » [20]. Le critère contre l'interruption forcée du service pourrait donc suffire à les bloquer [20]. Et même un pays reconnu laisserait au fournisseur l'obligation de démontrer que l'accès étranger aux données est empêché, avec un personnel composé de citoyens de l'UE [2].

Pourquoi un « cloud souverain » américain ne règle-t-il pas la question ?

Amazon Web Services (AWS) a lancé le 15 janvier 2026 l'AWS European Sovereign Cloud [21]. Selon l'entreprise, il repose sur « a new parent company and three local subsidiaries incorporated in Germany (GmbH) » [21]. Elle affirme qu'il n'y a « zero operational control outside of EU borders » [21].

Mais AWS écrit elle-même que le CLOUD Act « is also applicable to a cloud service provider that is headquartered in the EU and has operations in the United States » [12]. Selon Computerworld, la filiale allemande « is still owned by AWS, a US company » [13]. Dario Maisto, analyste chez Forrester, y estime que seuls les tribunaux diront si cette filiale protège réellement ses clients du droit américain [13]. AWS déclare qu'à juin 2025, depuis le début de son suivi statistique en 2020, aucune demande n'avait abouti à divulguer des contenus d'entreprise ou d'administration stockés hors des États-Unis [12][22].

Le considérant 48 du CADA vise ce type d'offres : les versions « souveraines » des fournisseurs « do not address the core sovereignty issues allowing for the extraterritorial reach of third-country laws » [1]. Selon Agence Europe et GovInfoSecurity, Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission, a estimé qu'avec le CLOUD Act, les entreprises américaines peuvent difficilement atteindre le niveau 3 [23][24].

Selon l'analyse d'impact de la Commission (juin 2026), 59 fournisseurs dont le siège est hors de l'UE pourraient viser le niveau 2 [25]. Elle n'évoque le niveau 3 que pour les 226 fournisseurs dont le siège est dans l'UE [25].

Quelles autres portes restent ouvertes ?

Le niveau exigé est fixé par les États membres et les institutions de l'UE, au moyen d'analyses de risque menées tous les deux ans [1]. La Commission peut imposer un autre niveau si elle juge le choix inadapté [1]. Les activités sans lien avec l'ordre public utilisent au minimum le niveau 1 ; celles qui y contribuent devraient acheter du niveau 2, 3 ou 4 [1]. Le texte permet donc à une activité d'ordre public de se contenter du niveau 2, qui admet le contrôle étranger moyennant des mesures d'atténuation [1][2].

L'article 30(4) permettrait aussi aux acheteurs publics, « on an exceptional basis and where duly justified », de ne pas acheter de service reconnu à l'un des quatre niveaux [1]. Trois cas sont prévus : aucun service reconnu adéquat, un appel d'offres infructueux dans l'année, ou un coût disproportionné [1].

Qu'en disent les parties ?

Qu'est-ce que ça change pour toi ?

Rien d'immédiat : le CADA n'est qu'une proposition [8], et la Commission ne prévoit pas les premières analyses de risque avant 2029 [25]. Mais si tu travailles pour un acheteur public ou que tu héberges ses données, voici les questions que pose le texte, à adresser à ton fournisseur cloud :

  • Qui contrôle ta société mère, et dans quel pays ?
  • Ton support est-il assuré dans l'UE, par des résidents de l'UE [2] ?
  • Quelles mesures empêchent un accès étranger à tes données, et une interruption forcée du service [2] ?
  • Publies-tu des statistiques sur les demandes d'accès des autorités étrangères, comme AWS le fait [12] ?

Premier pas : relis ton contrat d'hébergement avec ces quatre questions, et suis l'avancée de la procédure 2026/0138(COD) sur l'OEIL [8].

Questions fréquentes

Où en est le Cloud and AI Development Act (CADA) ?

Le CADA est une proposition de règlement datée du 3 juin 2026 [1][7]. Rien n'est adopté : au 22 octobre 2026, l'Observatoire législatif du Parlement indique « Awaiting committee decision », et le Parlement et le Conseil doivent encore négocier le texte [8][9].

Qui pourrait ouvrir le niveau 3 du CADA à un pays tiers ?

Selon l'article 18, la Commission européenne pourrait désigner ces pays par acte d'exécution, après avis d'un comité de représentants des États membres [1][4]. Le Parlement ne vote pas : il peut seulement signaler un dépassement des compétences d'exécution, et la Commission doit alors réexaminer son projet [1][5][3].

La décision d'adéquation américaine (Data Privacy Framework) suffit-elle pour entrer au niveau 3 ?

Non : l'article 18(1) pose six critères cumulatifs, dont l'adéquation au titre du RGPD n'est que le premier [1]. Cette décision, datée du 10 juillet 2023, couvre les organisations commerciales participant au Data Privacy Framework, pas les États-Unis dans leur ensemble [14][6].

Quelle différence entre le niveau 2 et le niveau 3 du CADA ?

Au niveau 2, un fournisseur sous contrôle d'un pays tiers est admis s'il démontre que l'accès de ce pays aux données des clients est empêché [2]. Au niveau 3, ni le fournisseur ni ses sous-traitants ne sont en principe contrôlés par un pays tiers, le personnel est composé de citoyens de l'UE et le support est assuré dans l'UE par des résidents de l'UE [2].

Quand le CADA s'appliquerait-il s'il est adopté ?

Il entrerait en vigueur vingt jours après sa publication au Journal officiel de l'Union européenne et s'appliquerait un an plus tard [1]. La Commission ne prévoit pas les premières analyses de risque avant 2029 [25].

Sources

  1. Proposal for a REGULATION OF THE EUROPEAN PARLIAMENT AND OF THE COUNCIL establishing a framework of measures for strengthening Europe's cloud and AI ecosystem (Cloud and AI Development Act), COM(2026) 502 final, 2026/0138 (COD) Source primaire Commission européenne (copie publiée par la Eerste Kamer des Pays-Bas ; référence EUR-Lex CELEX 52026PC0502 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=celex%3A52026PC0502) · publié le · consulté le
  2. ANNEX to the Proposal for a REGULATION OF THE EUROPEAN PARLIAMENT AND OF THE COUNCIL establishing a framework of measures for strengthening Europe's cloud and AI ecosystem (Cloud and AI Development Act) – COM(2026) 502 final, ANNEXES 1 to 3 (Conseil, doc. 10104/26 ADD 1) Source primaire Commission européenne, transmis par le Conseil de l'Union européenne · publié le · consulté le
  3. Understanding delegated and implementing acts (EPRS Briefing, PE 690.709) Source institutionnelle Service de recherche du Parlement européen (EPRS) · publié le · consulté le
  4. Regulation (EU) No 182/2011 of the European Parliament and of the Council of 16 February 2011 laying down the rules and general principles concerning mechanisms for control by Member States of the Commission's exercise of implementing powers – Article 5, Examination procedure (version as adopted by the EU) Source primaire The National Archives (Royaume-Uni), reproduction du texte publié au JOUE L 55 du 28.2.2011 · publié le · consulté le
  5. Regulation (EU) No 182/2011 – Article 11, Right of scrutiny for the European Parliament and the Council (version as adopted by the EU) Source primaire The National Archives (Royaume-Uni), reproduction du texte publié au JOUE L 55 du 28.2.2011 · publié le · consulté le
  6. Adequacy decisions – How the EU determines if a non-EU country has an adequate level of data protection Source primaire Commission européenne · consulté le
  7. Proposal for the Cloud and AI Development Act (CADA) Source primaire Commission européenne, Shaping Europe's digital future · publié le · consulté le
  8. Procedure file 2026/0138(COD) – Cloud and AI Development Act Source primaire Parlement européen, Observatoire législatif (OEIL) · consulté le
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